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Bérenger de Roquefeuil
1448 - 1530 |
Né en 1448 au château de Flognac en
Quercy, qui était ce baron aux colères éclatantes dont
la tradition orale garde encore le souvenir ?
Ne
se considérait-il pas :
"Noble,magnifique et puissant seigneur Bérenger de Roquefeuil, seigneur et baron des baronnies de Roquefeuil, de Blanquefort, de Castelnau, de Combret, de Roquefère, Comptor de Nant. "
comme il le déclare dans ses dispositions testamentaires, le 9 janvier 1530.
Encore
ne donne-t-il pas dans le détail la liste de ses immences
possessions qui, du Midi de la France s'étagent jusqu'en terre
girondine et se dénombrent dans les sénéchaussées
de Beaucaire, de Rouerge, de Carcassonne, du Quercy, de l'Agenais et
du Périgord.
A
la tête de cet imposant patrimoine, Bérenger est donc un
important vassal de la Couronne et jouit d'une fortune telle qu'elle
lui permettra d'élever Bonaguil. Ce qui provoque l'étonnement
de ses contemplorains, comme nous l'apprend une chronique du XVI°
siècle :
" Sa mémoire est qu'aujourd'hui vénérable à ses subjects pour sa vertu, et de qui le nom est assez public, pour ceux qui s'émerveillent qu'un seigneur non aydé des bienfaits de l'Eglise ou du Roy, ait élevé un si somptueux édifice que celui de Bonaguil. "
La
Maison de Roquefeuil est une des plus anciennes du Languedoc. Son
influence fut toujours de premier ordre. Un Roquefeuil, Henry, fut
électeur de Hugues Capet.
Elle
s'élargit au cours des siècles, s'alliant aux Castelnau
et Gordon, puissante noblesse du Quercy,
et aux Blanquefort.
Quand
Bérenger hérite de son père, Jean, en 1483, elle
est à son apogée. Aussi le fougueux baron est-il enclin
à s'identifier à cette noble arrogance des derniers
féodaux. Il ne pliera pas facilement l'échine même
devant ses suzerains. D'un naturel emporté, querelleur, il
laisse le souvenir d'un homme qui ne recule pas et prend son bien où
son bon plaisir le discerne! Pour lui, l'épée est un
axe autour duquel tournent la force et le pouvoir. Doté d'un
caractère assez acariâtre il se heurtera aux us et
coutumes derrière lesquels ses vassaux se retranchent.
Le voici, jeune, puissant, volontaire épuisant toutes les
ressources d'une aigre chicane que son tempérament batailleur
puise peut-être dans une maladie d'estomac dont il parle dans
l'acte de dénombrement du 19 décembre 1503 :
" La pauvre qualité de ma personne est telle, que chacun sait et peut justifier que la plupart du temps je suis malade, et spécialement depuis deux ans, en ça que je n'ay eu guère de santé à cause de la froidure et humidité de mon estomac et cerveau, et avec indisposition de ma personne et petite complexion d'icelle. "
Une
suite de différents, de procès et de conflits a durci
et formé Bérenger. Il pense déjà se
donner une solide retraite, il en a certainement jeté les
bases, lorsque de graves troubles adviennent dans sa baronnie de
Castelnau-Montratier, en Quercy.
Le
peuple, assisté de ses consuls, s'efforce de défendre
les coutumes qui lui furent octroyées par une charte du XIII°
siècle, lors de ce grand mouvement des Communes qui vit
s'ériger partout les beffrois, symboles de l'émancipation
bourgeoise.
Bérenger
veut supprimer l'article 14 de cette charte, relatif au droit de
"leude". La querelle, déjà ancienne, est née
avec cet article qui dispense de ce droit les quantités de
marchandises ne dépassant pas un "quarton" (¼
d'hectolitre).
Les gens de Castelnau tournent l'impôt en
n'apportant qu'un quarton à la fois, privant le baron de
redevances sensibles. D'ou une tension sans cesse accrue qui va se
muer en conflit puis en révolte ouverte.
Bérenger
décide d'opérer par la force. Il dépêche à
Castelnau un corps d'arbalétriers. Ces derniers brisent les
mesures de la halle. Puis, ils parcourent la ville exerçant
d'autres sévices qui ont pour effet de soulever la population.
Elle se rassemble au son du tocsin et chasse les intrus après
leur avoir infligé des pertes sérieuses.
Devant
cette rébellion, l'intransigeant baron perd toute prudence et
lève une troupe en Rouergue pour faire entendre raison à
ses sujets insoumis. Les hommes de Bérenger n'ont pas le temps
de maîtriser la bastide. Ils sont boutés dehors par les
gens de Castelnau et doivent chercher refuge dans un château
voisin : celui de Sauveterre. Cette place est assiégée
et prise d'assaut par les gens de Castelnau, ils la démolissent
et la pillent.
Dès
qu'il apprend le désastre, Bérenger se ravise. Il ne
peut continuer la lutte et tirer vengeance des consuls et du peuple.
Le château de Bonaguil n'est pas achevé et le baron
pense qu'il ne possède pas un retranchement propre à
l'abriter de la vindicte publique qu'il a provoqué.
D'ailleurs
le Parlement le comdamne par un arrêt de la Cour de Toulouse,
en date du 20 juillet 1493. Il lui est ordonné de rétablir
à ses frais les mesures et de verser trois cent livres
tournois de dommages et intérêts.
C'est
un comble pour un seigneur courroucé. Il doit faire amende
honorable devant la menace des troupes royalles. C'est pour lui une
terrible humiliation. Elle précipite, vraisemblablement, la
construction de Bonaguil.
Il
s'y retire vers cette date. Il a rendu hommage à Charles VII
du château de Flognac, le 17 avril 1484. Il rendra hommage à
Louis XII le 14 octobre 1499, mais le document émanera du
château de Bonaguil.
Les
hautes murailles de son castel se bardent d'épaisses
cuirasses. Durant prés de trente ans encore il va s'employer à
parfaire un système défensif qui atteindra la
perfection et découragera toute tentative d'assaut. Il eut
fallu lever une véritable armée pour oser se présenter
devant les murs de cette orgueilleuse fortification.
Bérenger
meurt en 1530, à 82 ans. Comme il le souhaitait, il fut
enterré dans l'église Saint Michel, à l'entrée
de son château.
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